Lors d’une récente conférence, un intervenant (érudit et brillant mais la confidentialité de ce blog m’oblige à cacher son identité) a développé une idée originale autour de la générosité et la solidarité. N’étant pas banquier (loin de là), on peut prêter à son raisonnement un minimum d’objectivité. Ainsi, son analyse reposait sur l’antagonisme entre générosité et solidarité alors que la pensée commune les associe allègrement. Ainsi, la générosité s’apparentant à un don, voire un abandon, consiste à se priver d’une ressource (généralement de l’argent) au profit d’un tiers qui lui en bénéficie. La solidarité est tout autre, elle consiste à faire converger des intérêts et de ce fait lier les actes solidairement entre eux par cette solidarité.
Exemple :
Vous souhaitez acheter du pain ? pourquoi ? parceque vous avez faim : Votre intérêt c’est la faim.
Votre boulanger fabrique du pain : son intérêt le vendre et non pas le garder (évidence)
En terme de générosité, votre boulanger ne peut vous offrir le pain (ou alors occasionnellement !!). Donc vous perdez un euro et gagner une baguette. Lui gagne un euro et perd une baguette mais en fait chacun satisfait un intérêt. Et chacun fait acte de solidarité, le boulanger qui fabrique du pain pour ceux qui ont faim et les “affamés” qui satisfont les boulangers qui font du pain….
Mais qu’est ce à voir avec le capitalisme et la Banque ? Et bien lorsqu’on épargne, lorsqu’on place son argent dans une banque ou un capital : on va y trouver un intérêt (comme par hasard le même terme est à prendre au sens propre comme au sens figuré). Sans ce capital, pas de projet, pas de boulanger, pas de pain…Donc l’intérêt de l’actionnaire est bien solidaire avec l’objet social de l’entreprise. Oui mais…..Est ce que l’actionnaire a le même intérêt que celui qui peut converger entre l’entreprise et le client ? Voir entre l’entreprise et son salarié ?
Est ce que cette solidarité n’est elle pas en fait un rapport de force ?
Est ce que cette solidarité qui il est vrai très différente de la générosité, n’est pas contraire à l’intérêt du public ?
Etc…
Alors, notre érudit aurait-il tort ? Pas tout à fait. Il y a effectivement une forme de solidarité lorsque les intérêts convergent mais elle ne s’exprime pas pour les autres, uniquement pour les protagonistes. Il faut donc imaginer plus loin et envisager la solidarité par un terme plus technique et plus pratique : la coopération. J’y vois ici une autre forme de solidarité, plus logique, plus rationnelle. Ainsi, j’apporte un savoir-faire, un capital. En échange, j’attends un retour direct ou alors différé voire indirect. Un exemple ?
J’ai un capital et je n’en ai pas l’utilité immédiate. Je le dépose à la Banque, qui le transforme en crédit pour les autres clients. Je reçois un intérêt. Je suis dans une forme de solidarité passive. Mais que se passe-t-il si cette banque effectue des opérations spéculatives ou qu’elle oriente sa stratégie vers d’autres opérations ? Est ce que ma solidarité passive est en réalité négative ? Par exemple, la Banque pourrait choisir de ne pas me prêter le jour où j’en ai besoin ou à des conditions anormales (sans évoquer un problème patent de solvabilité). Dans ce cas, la solidarité passive n’est plus du tout utile.
Est ce que les banques coopératives limitent ce type d’effet ? Pour partie oui. Leur objet social et surtout leur caractère majoritairement régional, draine mécaniquement un maximum d’épargne vers des projets qui me concernent davantage : les entreprises de ma région, de mon environnement, les particuliers, les collectivités locales. Dans ce cas, la solidarité devient plus active, plus palpable et revêt une forme de coopération. Une limite toutefois : la complexité des opérations bancaires, la recherche de rentabilité (indispensable à toute activité économique) et la difficulté de moderniser la coopération sont des freins à une coopération effective et parfaite. Mais elle existe.
Alors une nouvelle forme de solidarité pourrait voir le jour. Ainsi on assiste outre-atlantique à des expériences dites Peer to Peer (en Asie également) où des épargnants choisissent directement leurs emprunteurs et le projet. Cette forme aussi existe en France à petite échelle avec les business angels (pour les fonds propres, ce qui ne répresentent qu’une part faible des besoins de financement). Mais ces démarches, qui souffrent d’un cadre juridique quasi-inexistant compte tenu de nos législations, montrent de nouvelles voies. Elles montrent aussi que notre idée du capitalisme ou du rapport à l’argent fait fausse route et qu’effectivement la générosité et la solidarité sont deux vertus bien différentes mais bien utiles.